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WOOTY

Posté le 8/05/2007 à 07:41 - 0 commentaire(s) - Lien

Qui diable connaissait Wooton avant? Wooton, au centre de l’île Maurice. Probablement un nombre réduit de mauriciens amateurs de brume et de brouillard. Pourtant c’est là qu’un sombre matin de mars, Rajkoomar Gopal découvre au beau milieu de son “carreau” de chou-chou une petite excroissance végétale d’un mètre de haut sortant à peine de terre. C’était, semble-t-il le bourgeon d’une plante qu’il ne connaissait pas et qui, de surcroît, était d’une taille hors normes. Les journaux de l’époque relatent qu’il essaya sans succès de la déraciner car à ses yeux, ce qui n’est point chou-chou n’est point désirable. La plante ne cédât pas d’un pouce et Rajkoomar dut se rendre à l’évidence qu’il aurait à faire avec. Pas un instant il n’est surpris par la taille de cette plante et durant de long mois, personne d’autre que lui ne connaît l’existence de ce phénomène. La plante a déjà pris de l’ampleur quand le frère de Rajkoomar, lui rend visite aux champs et blêmit en apercevant la pousse gigantesque. Dès lors, les journaux sont alertés et la nouvelle se répand comme une traînée de poudre. Plante géante à L’île Maurice! Bientôt, le champ de Rajkoomar devient célèbre de par le monde et les télévisions et les scientifiques du monde entier convergent vers l’île. Les chou-chou, piétinés, le champs dévasté et Rajkoomar dépassé! Sa plante est identifiée comme étant une variété de ficus dont la vitesse de croissance dépasse de beaucoup les autres plantes de la même espèce. En un mois, le coeur de notre ficus, baptisé par les Anglais “Wooty”, mesure deux mètres treize de haut et plusieurs autres coeurs font leurs apparitions. Dans tous les journaux télévisés du monde une rubrique consacrée à Wooty fait un carton et on suit avec une attention grandissante la pousse de notre plante géante. L’île Maurice traverse une passe économique difficile à cette époque car ses ressources principales proviennent de la production et la vente du sucre de canne et les marchés Européens ne garantissent plus l’achat du sucre à des taux préférenciels. Le pays cherche par tout les moyens de trouver une nouvelle source de revenue et avait projeté de faire de l’île une “cyberîle”. L’apparition de Wooty place immédiatement le pays au centre du monde. Des millions de gens de par le monde apprennent l’existence d’une île dans l’Océan Indien et, certains, l’existence même de l’Océan Indien. Le gouvernement de l’époque comprend que désormais Wooty est un phénomène mondial et que le pays, au dire du premier ministre, vit un tournant historique. Il est voté en conseil des ministres de décréter Wooty monument national et le champ de Rajkoomar Gopal est réquisitionné par l’état. Rajkoomar obtient une compensation au taux de Rs 12,467 l’arpent et reçoit donc Rs 6,233.50, une reconnaissance nationale et une poignée de main du Président de la République. Et les enfants chantent: “ zoli zoli pie lafourse, sanz nou lavi Zoli zoli pie lafourse, sov nou pei Les années passent et Wooty mesure désormais vingt-deux mètres avec un tronc d’une circonférence de trois mètres dix et couvert de feuilles de quinze centimètres de large. Le gouvernement entame son troisième mandat et ne cesse de rappeler à la population que c’est sous son règne que l’arbre a vu le jour. Autours de l’arbre se dresse des dizaines d’hôtels et Wooton est la seconde plus grande ville du pays. On trouve là, l’hôtel de l’arbre, le Ficcus Hôtel, Wooty Hôtel, Hôtel de la nature, Flora Hôtel et beaucoup d’autres… Les hôtels du littoral, jadis si prisés, n’accueillent désormais qu’un nombre réduit de touristes. Le tourisme mauricien n’est plus que vert. Un réseau de route a été mis en place pour acheminer la foule de visiteurs et un deuxième aéroport a été installé à Curepipe, non loin du site. L’île Maurice vit un renouveau économique comme elle n’avait jamais connu auparavant!! Plus de quinze millions de touristes visitent le pays par an et la population ne vit plus que par et pour les visiteurs de l’arbre. Certains vénèrent l’arbre comme une entité Divine et des groupes spirituels se forment partout dans le monde afin de célébrer le retour de l’homme à la nature. Wooty devient le symbole du nouveau millénaire et annonce la fin du monde technologique. La spiritualité est en marche afin d’abolir les religions. On parle maintenant du pays avant et après l’arbre. Des chansons sont composées sur ce thème et le film “the tree” reçoit cinq Oscar à Hollywood. Le pays vit un véritable rêve et semble bénit des Dieux. Il n’y a plus de place pour rien d’autre. Et les enfants chantent: “ Zoli zoli pie lafourse, nou lamiser fin ale Zoli zoli pie lafourse, prospérite nou sante.” Quarante ans après son bourgeonnement, le gouvernement est à son huitième mandat et l’opposition avait perdu tout espoir quand certaines voix discordantes font leur apparition L’arbre mesure désormais six cents vingt-quatre mêtres et l’hôtel de la Nature a dut être déplacé pour faire place au tronc de quatre-vingt huit mêtres de large. En novembre de la même année une Curepipienne, Ginette Rose, dépose une plainte “scandaleuse” pour “manque de soleil”. Le gouvernement réagit rapidement afin de ne pas ébruiter “cette sordide affaire” et surtout d’éviter de porter préjudice à l’Arbre. Madame Rose retire sa plainte et quitte Curepipe. Des journaux à scandales relatent qu’elle est relogée par l’état à Goodlands. Quelques mois plus tard un habitant de Forest-Side voit sa maison traversé par une racine gigantesque qui soulève son salon. Ne pouvant plus faire face aux “ingrats mécontent”, un organisme gouvernemental est créé pour entendre les doléances et veille à ne pas ébruiter les éventuels problèmes des habitants de la région. Le pire est évité jusqu’à qu’un enfant de cinq ans est sauvagement fauché par une feuille de trois mètres de large. Les autorités prennent à contre-coeur la décision de créer un périmètre de sécurité autour de l’Arbre et un vaste enclos est créé autour de la région. La ville de Curepipe est évacuée ainsi que celle de Phoénix. Le périmètre de sécurité s’étend sur dix kilomètres autour de l’Arbre. Et les enfants chantent: “ Et toi et toi pie lafourse, to fin kokin nou soleil Et toi et toi pie lafourse, to kraz zanfans ek to feil Les années passent et le nombre de touriste commence à diminuer car désormais on ne peut plus approcher l’Arbre à cause du danger que cause les chutes de feuilles. Seulement la compagnie “Tank Adventure” promene des touristes dans des anciens tanks Shermann Américains. Âgé de quatre-vingts ans, le ficus culmine à deux mille sept cents mètres et sa flèche se perd au milieu des nuages. Le tronc mesure maintenant trois cent dix-sept mètres de large et est doté de feuilles de sept mètres de long et trente centimètres d’épaisseur. Chaque feuille pèse entre vingt-cinq et trente kilos. Le sol est jonché de cratères que causent les feuilles tombantes et on signale la présence d’une racine à Trou d’eau douce, sur la côte est de l’île. Plus une plante ne croît sous l’arbre sur un périmètre de treize milles. Le soleil fait une timide apparition sur la côte ouest de l’île vers les trois heures de l'après-midi. Le reste du temps cette région demeure dans l’ombre de l’Arbre. Le périmètre de sécurité est maintenant immense et la population de L’île vit sur les zones côtières du nord et du sud. Une énorme partie de la population a émigré vers d’autres pays. Malgré les nombreuses protestations et demandes d’abattre ce “arbre maléfique” les gouvernements ont privilégié les rentrés de capitaux étrangers aux “inconvégnients mineurs” causés à la population. Et les enfants qui restent chantent: “ Creve, creve, pie lafourse, nou lavi ressam lanfer Creve, creve, pie lafourse, retourn lakaz lisifer Bientôt le Président Duval décide que l’arbre devra être coupé car il est (enfin) un danger pour le pays entier. Des feuilles tombent sur toutes les régions de l’île et on entend sans répit le fracas de leurs chutes. Les habitants sont terrorisés et ne quittent plus les villes souterraines de Grand-Baie et de Mahébourg. Une étude d’experts étrangers juge trop dangereux l’abattage de l’arbre car en tombant, ce mastodonte de quatre mille mètres créera le plus grand raz de marée de l’histoire. Moins coûteux, un plan d’évacuation de l’île est proposé à la place. A la Saint-Sylvestre de cette année, plus une âme n’hâbitera l’île. Une consolation : Wooty est le seul arbre visible de l’espace.